L'été dernier, en me refilant sa jupe Brume et sa robe Flora, Althea glissait dans le lot une robe en cotonnade vichy achetée aux fripes en se lamentant de l'absence sur le marché de patron correspondant à son large col dégagé, et m'informant que si un jour j'étais d'accord pour en produire un alors elle serait d'accord aussi.
Après ce recueil de consentement en bonne et due forme, il fut temps fin janvier de m'attaquer à la transcription sur papier du génome de cette robe griffée Alain Manoukian:
Althea aime bien :
- les épaules dégagées
- le large col cavalier (? tailleur ? j'ai du mal à qualifier ce genre de col)
- la coupe semi-ajustée qui laisse circuler l'air par temps de canicule
- l'ampleur de la jupe
Elle préfèrerait :
- des découpes devant plutôt que des pinces
- peut-être pas de fronces sur la jupe
- une longueur au genou, ou alors très longue et ample
Moi j'aime bien :
- les épaules dégagées jusqu'à la bretelle de soutien-gorge
- les pinces poitrine verticales
- la hauteur de l'emplacement de la ceinture
- la découpe princesse au dos
- les poches prises dans les coutures
J'aime moins :
- la jupe à panneaux trop ample
- la longueur mi-mollet
J'ai d'abord reporté les contours de toutes les pièces du haut de la robe sur papier pour disposer d'un point de comparaison tangible.
Puis j'en ai reconstruit d'autres en partant du patron de base Festive Road, en décalant les pinces bretelles du devant vers le centre, en calant une découpe princesse dans le dos, et en gardant grosso modo les mêmes dimensions pour le col. Grâce à une erreur providentielle sur ma première toile, nous avons trouvé la forme de col qui nous plaisait.
Cerner la forme souhaitable pour la jupe a demandé plus de recherche : de notre concertation il ressortait que nous souhaitions éviter les fronces, diminuer l'ampleur et la longueur de la jupe. Je souhaitais également une absence de panneaux et un ourlet droit, et un volume résorbé dans la plis pour un bouffant inspiré des années 50, rapport au nom du futur patron, désir qui laissait Althea plus mitigée.
J'ai d'abord passé en revue ma bibliothèque de patrons Burda pour zyeuter sur des femmes jeunes et russes les ayant cousus quel genre d'agencement du volume de jupe tombait comment. J'ai également passé en revue l'offre dont j'avais connaissance chez d'autres marques (merci à l'article de mamie camille au passage) et ai complété par une recherche de modèles de défilés récents.
Le point de départ étant un rectangle d'ampleur suffisante pour permettre de s'assoir en tailleur sans tirer sur la jupe, longueur genou, s'en est suivie une longue série d'essais de placement de plis (ronds, plats, creux, petits, grands, égaux et inégaux, proches ou éloignés des coutures) et de confrontations d'avis, qui a débouché sur le choix d'une combinaison de plis creux. Puis je me suis décidée à tenter une version portable adaptée à mes mensurations dans un coton pilou gris chiné dernièrement acquis à sacrés coupons. Jugeant le résultat à la hauteur de mes attentes, j'ai sorti les gants new look 2020 et dégagé bottines et chaussures du passage pour quelques photos de présentation :
J'ai utilisé du thermocollant G700 pour le col externe, les parementures du haut, de la jupe et des entournures. C'est celui que Vlieseline recommande pour les petites pièces de chemisiers mais je trouve le rendu assez rigide, même si dans ce cas cela sied bien au modèle. Dans l'idéal j'aimerais bien quelque chose entre le G785 et le G700 (ajout après coup : ça s'appelle du G710 et j'en avais en stock...). Je n'ai pas spécialement essayé de repasser le pli du col en place pour le plaquer à l'encolure et son patronnage mériterait d'être légèrement revu à cette fin.
Deux poches prises dans les coutures côté
Une ceinture fine qui sera maintenue par 2 passants sur les côtés
Un tas de boutonnières car je ne peux vraiment pas m'en empêcher
Devinez le nom du patron à venir et faites des heureuses : la mise en scène ci-dessous contient les indices nécessaires et suffisants pour trouver la nationalité du groupe, l'album et la chanson choisie. Si quelqu'un trouve la réponse d'ici minuit, je m'engage à traduire ce patron dans la langue dudit pays !
Assez satisfaite de l'orientation de l'appartement sur ce coup-là...
Sinon vous pouvez quand même faire acte de volontariat pour le test en 34-50 qui devrait avoir lieu en mars le temps que je fasse les dernières corrections, que je voie si Althea milite pour une jupe alternative, et si je propose une manche compatible avec cette entournure.
Mise à jour : merci pour votre bonne volonté, j'ai maintenant suffisamment de participantes.
Réponse : la pochette imitée était celle de l'album Dumb Waiters de The Korgis, groupe fondé par James Warren et Andy Davis qui après avoir passé leurs vertes années au sein du groupe pluricéphale de prog folk Stackridge, décident de s'associer pour tenter le succès commercial dans le domaine de la pop finement ciselée teintée des tendances de l'époque. Si l'album contient la chanson "Everybody's Got To Learn Sometime" (n°1 des ventes en France pendant l'été 1980), les roses apaisantes du morceau de Liberty et le style fifties de la robe nous orientent vers le titre "Perfect Hostess" dont vous avez brillamment interprété les premiers mots : "Amaze your friends..."








